Debout les morts - Fred Vargas [2]

C'est pourquoi après un diner sommaire pris sur leurs genoux, les trois chercheurs dans la merde se retrouvèrent tassés autour d'un grand feu. La cheminé était couverte de crasse imposante.

« Le feu, annonça en souriant Lucien Devernois, est un point de départ commun. Ou un point de chute, comme on voudra. A part la merde, c'est à ce jour notre seul point d'alliance connu. Ne jamais négliger les alliances.

Lucien eu un geste emphatique. Marc et Mathias le regardèrent sans chercher à comprendre, les mains tendues vers les flammes.

- Simple, continua Lucien en haussant le ton. Pour le robuste préhistorien de la maison, Mathias Delamarre, le feu s'impose... Petites troupes d'hommes chevelus rassemblés frileusement aux abords de la grotte autour de la flamme salutaire éloignant les bêtes sa
sauvages, bref, la Guerre du feu.

- La Guerre du feu, coupa Mathias, est un tissu de...

- Peu importe ! reprit Lucien. Laisse tomber ton érudition dont je me fous complètement en ce qui concerne les cavernes et laisse sa place d'honneur au feu préhistorique. Avançons. Je passe à Marc Vandooler qui se fatigue à compter la population médiévale en « feux »... Ils sont bien emmerdés les médiévistes avec ça. On s'empêtre... Passons. Grimpant l'échelle du temps, on en arrive enfin à moi, à moi et au feu de la Grande Guerre. « Guerre du feu » et « Feu de la Guerre ». Touchant, non ?

Lucien rit , renifla un bon coup et rechargea le foyer en poussant une grand bûche avec le pied. Marc et Mathias avaient un vague sourire. Il allait falloir s'accommoder à ce type impossible et indispensable pour apporter la troisième part au loyer.

- Donc, conclut Marc en faisant tourner ses bagues, lorsque nos dissensions seront trop pénibles et les écarts chronologiques inconciliables, il n'y aura qu'à faire un feu. C'est bien ça ?

- Ça peut aider, admis Lucien.

- Sage programme, ajouta Mathias.
Debout les morts - Fred Vargas

# Posté le samedi 15 août 2009 16:06

Modifié le samedi 15 août 2009 16:33

Debout les morts - Fred Vargas [3]

Debout les morts - Fred Vargas
- Il s'agit d'une histoire ridicule. Mais j'aurai besoin qu'on me rende un service, répéta Sophia.

- Quel genre de service ? demanda marc avec douceur, pour aider.

- C'est difficile à dire, et je sais que vous avez déjà beaucoup travailler ce mois-ci. Il s'agirait de creuser un trou dans mon jardin.

- Intervention brutale sur le front Ouest, murmura Lucien.

- Bien sûr, continua Sophia, je vous rétribuerais si nous tombions d'accord. Disons... Trente mille francs pour vous trois.

- Trente mille franc ? Murmura Marc. Pour un trou ?

- Tentative de corruption par l'ennemi, marmonna Lucien de manière inaudible.

# Posté le samedi 15 août 2009 16:07

Modifié le samedi 15 août 2009 16:33

Debout les morts - Fred Vargas [4]

Debout les morts - Fred Vargas
- On ne pouvait pas deviner qu'il pouvait boire comme un trou, dit Marc. Et souviens-toi qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. L'ordre chronologique d'abord : au rez-de-chaussée, inconnu, mystère originel, merdier général, foutoir de combustion, bref, les pièces communes. Au premier étage, légère émergence de chaos, balbutiement médiocres, l'homme nu se redresse en silence, bref, toi, Mathias. Montant plus avant l'échelle du temps...

- Qu'est ce qu'il a à brailler comme ça ? Demanda Vandoosler le Vieux.

- Il déclame, dit Mathias. C'est tout de même son droit. Il n'y a pas d'heure pour les orateurs.

- Montant plus avant l'échelle du temps, continua Marc, bondissant par-dessus l'Antiquité, abordant de plan-pied le glorieux deuxième millénaire, les contrastes, les audaces et les peines médiévales, bref, moi, au deuxième étage. Ensuite, au dessus, la dégradation, la décadence, le contemporain. Bef, lui, continua Marc en secouant Lucien par le bras. Lui, au troisième étage, fermant la honteuse Grande Guerre la stratigraphie de l'Histoire et celle de l'escalier. Plus haut encore, le parrain, qui continue de déglinguer les temps actuels à sa manière bien particulière.

Marc s'arrêta et soupira.

- Tu comprends, Mathias, même si c'est plus pratique de loger ce type au premier, on ne peut quand même pas se permettre de bouleverser la chronologie, de renverser la stratigraphie de l'escalier. L'échelle du temps, Mathias, c'est tout ce qu'il nous reste ! On ne peut pas massacrer cette cage d'escalier qui demeure la seule chose qu'on ait mis dans le bon ordre. La seule, Mathias, mon vieux ! On ne peut pas la saccager.

- Tu as raison, dit gravement Mathias. On ne peut pas. Faut monter la Grande Guerre jusqu'au troisième.

- Si je puis donner mon avis, intervint Vandoosler à voix douce, vous êtes aussi bourrés l'un que l'autre, et j'aimerai bien que vous hissiez Saint Luc jusqu'à sa couche stratigraphique adéquate pour que je puisse, moi, regagner les déshonorants niveaux des temps actuels où je loge.

# Posté le samedi 15 août 2009 16:07

Modifié le samedi 15 août 2009 16:35